jeudi 23 juin 2016

Anas Latina Indomita, requiescas in pace

Voici le dernier numéro de notre journal scolaire en latin (désormais, nous n'en réaliserons plus sous cette forme). Il est écrit par les latinistes de 4A et de 4E. 
Merci à Marine Gonidec, de la Vie Scolaire, qui est venue participer à la rédaction des articles : elle a dynamisé le groupe et nous a bien aidés.

Il est possible d'agrandir les pages en ouvrant une nouvelle fenêtre et en double-cliquant.




lundi 6 juin 2016

Solus in Romae nocte



A la rentrée de septembre 2016, en France, les programmes du Collège changent, les horaires aussi. Nous n'aurons plus autant d'heures de latin. Je sais que je ne pourrai plus réaliser avec mes élèves des travaux comparables à cette petite nouvelle policière ; je ne suis pas sûr de pouvoir même étudier ces textes en latin. Je mets donc à disposition de tous ces quelques pages, et je remercie ceux de mes élèves qui m'ont suivi, parfois poussé, dans des entreprises de ce type. 








jeudi 5 mai 2016

La vie de saint Martin
(par Sulpice sévère)

Sulpicius Severus naquit en Aquitaine vers 360 après J.C. Il était de famille noble et commença par exercer avec succès le métier d'avocat. Après la mort de sa femme il distribua une partie de ses biens, se retira du monde (399) et peut être devint prêtre.
Ami de saint Paulin de Nole, Sulpice Sévère fut aussi disciple de saint Martin. Son œuvre se divise en des « Chronica sacra », résumé de l'histoire du monde depuis la création jusqu'à l'année 400, mais surtout en des textes à la gloire de saint Martin : des lettres, des dialogues (403-405) et principalement une vie (397).
Sulpice Sévère fut le témoin oculaire de certains épisodes de la vie de saint Martin. En effet,de 394 à la mort du saint (397), tous les ans, voire deux fois l'an, Sulpice Sévère vint à Tours rencontrer celui dont l’influence rayonnait sur toute la Gaule.

Mais au-delà de l'affection portée à son sujet, l'auteur évoque aussi certaines réalités du IV° siècle : les invasions barbares, l’opposition entre les villes chrétiennes et les campagnes païennes, la lutte difficile et souvent violente qui fut menée contre les anciennes idoles.

Fougères (35) : statue de Sulpice Sévère dans l'église Saint-Sulpice


Naissance et jeunesse de Martin

(1) Martinus Sabaria Pannoniarum oppido oriundus fuit, sed intra Italiam Ticini altus est, parentibus secundum saeculi dignitatem non infimis, gentilibus tamen. Pater ejus miles primum, post tribunus militum fuit. Ipse armatam militiam in adulescentia secutus, inter scholares alas sub rege Constantino, deinde Juliano Caesare militavit, non tamen sua sponte.
Martin naquit à Sabarie, en Pannonie, de parents assez distingués, il fut élevé à Ticinum, ville d’Italie.Son père fut d’abord soldat, puis devint tribun militaire. Martin embrassa encore jeune la carrière des armes, et servit dans la cavalerie d’abord sous Constance, puis sous Julien César ; non par goût cependant.

La Pannonie dans l'empire romain.


(2) Mox mirum in modum totus in Dei opere conversus, cum esset annorum duodecim, eremum concupivit ; fecissetque votis satis, si aetatis infirmitas non obstitisset.
Bientôt après il se donna tout entier au service de Dieu ; et, quoiqu’il n’eut encore que douze ans il désirait passer sa vie dans la retraite. Il aurait même exécuté ce projet, si la faiblesse de son âge ne s’y fait opposée

(3) Sed cum edictum esset a regibus ut veteranorum filii ad militiam scriberentur, prodente patre, qui felicibus ejus actibus invidebat, cum esset annorum quindecim, captus et catenatus, sacramentis militaribus implicatus est, uno tantum servo comite contentus.
Lorsque les empereurs eurent ordonné que les fils des vétérans entrassent dans l’armée, son père lui-même, qui ne voyait pas d’un œil favorable ces heureux commencements, le présenta pour le service militaire ; ainsi, n’ayant encore que quinze ans, il fut enrôlé et prêta le serment.

Martin soldat

(4) Adsistere scilicet laborantibus, opem ferre miseris, alere egentes, vestire nudos, nihil sibi ex militiae stipendiis praeter quotidianum victum reservans.
Il consolait les malheureux, secourait les pauvres, nourrissait les nécessiteux, donnait des vêtements à ceux qui en manquaient, et ne gardait de sa solde que ce qu’il lui fallait pour sa nourriture de chaque jour.
Bas-relief du Louvre

Martin donne la moitié de son manteau à un pauvre

(5) Quodam itaque tempore, cum jam nihil praeter arma et simplicem militiae vestem haberet, mediae hieme, obvium habet in porta Ambianensium civitatis pauperem nudum.
Un jour, au milieu d’un hiver dont les rigueurs extraordinaires avaient fait périr beaucoup de personnes, Martin, n’ayant que ses armes et son manteau de soldat, rencontra à la porte d’Amiens un pauvre presque nu.
(6) Quid tamen ageret ? Nihil praeter chlamydem qua indutus erat, habebat : jam enim omnia bona sua pauperibus dederat. Arrepto itaque ferro quo accinctus erat, mediam divisit, partemque ejus pauperi tribuit, reliqua rursus induitur.
Mais que faire ? il ne possédait que le manteau dont il était revêtu, car il avait donné tout le reste ; il tire son épée, le coupe en deux, en donne la moitié au pauvre et se revêt du reste.
(7) Interea de circumstantibus ridere nonnulli, quia deformis esse truncatus habitu videretur ; multi tamen, quibus erat mens sanior, altius gemere, quod nihil simile fecissent, cum utique plus habentes, vestire pauperem sine sua nuditate potuissent.
Quelques spectateurs se mirent à rire en voyant ce vêtement informe et mutilé ; d’autres, plus sensés, gémirent profondément de n’avoir rien fait de semblable, lorsqu’ils auraient pu faire davantage, et revêtir ce pauvre sans se dépouiller eux-mêmes.
Tableau du XIXème siècle, dans l'actuelle basilique de Tours.

Martin et le bandit de grand chemin

(8) Ac inter Alpes devia secutus, incidit in latrones ; cumque unus securi elevata in caput ejus librasset ictum, ferientis dexteram sinstinuit alter ; vinctis tamen post tergum manibus, uni servandus et spoliandus traditur.
S’étant d’abord égaré dans les Alpes, il rencontra des voleurs ; l’un d’eux le menaça d’une hache qu’il brandissait au-dessus de sa tête, un autre détourna le coup ; on lui lia ensuite les mains derrière le dos, et il fut livré à l’un de ces brigands pour être gardé et dépouillé.

(9) Qui cum eum ad remotoria duxisset, percontari ab eo coepit, quisnam esset ? Respondit christianum se esse. Quaerebat etiam ab eo an timeret. Tum vero constantissime profitetur, nunquam se fuisse tam securum, quia sciret misericordiam Domini maxime in tentationibus adfuturam ; se magis illi doler, qui Christi misericordia, utpote latrocinia exercens, esset indignus ; ingressusque evangelicam disputationem, verbum Dei latroni praedicabat.
Ce voleur le conduisit dans un endroit plus retiré encore, et lui demanda qui il était. « Je suis chrétien, » répondit Martin ; il lui demanda ensuite s’il avait peur ; Martin répondit alors avec courage qu’il n’avait jamais été plus tranquille, parce qu’il savait que la miséricorde du Seigneur ne lui ferait jamais défaut, surtout dans les épreuves, et que c’était plutôt lui qu’il plaignait, puisque le brigandage auquel il se livrait le rendait indigne de la miséricorde de Dieu. Puis, commençant à développer la doctrine de l’Évangile ; il prêcha au voleur la parole de Dieu.

(10) Latro credidit, prosecutusque Martinum viae reddidit, orans pro se Dominum precaretur.
Le voleur crut en Jésus-Christ, accompagna Martin qu’il remit dans son chemin, en se recommandant à ses prières.


Première résurrection opérée par Martin

(11) Quo tempore se ei quidam catechumenus junxit, cupiens sanctissimi viri institui disciplinis ; paucisque interpositis diebus, languore correptus, vi febrium laborabat. Ac tum forte Martinus discesserat.
Sur ces entrefaites, un catéchumène, désirant être instruit- par un si saint homme, se joignit à lui ; mais peu de jours après il fut pris de la fièvre. Martin était alors absent par hasard.

(12) Et cum per triduum defuisset, regressus, corpus exanime invenit : ita subita mors fuerat, ut absque baptismate humanis rebus excederet. Corpus in medio positum tristi moerentium fratrum frequentabatur officio, cum Martinus flens et ejulans accurit.
Cette absence se prolongea trois jours encore, et à son retour il le trouva mort. L’événement avait été si soudain, qu’il avait quitté la terre n’ayant pas encore recru le baptême. Le corps était placé au milieu de la chambre, où les frères se succédaient sans cesse pour lui rendre leurs devoirs, lorsque Martin accourut, pleurant et se lamentant.

(13) Tum vero Sanctum Spiritum tota mente concipiens, egredi cellulam in qua corpus jacebat, ceteros jubet ; ac, foribus obseratis, super exanimata defuncti fratris menbra prosternitur ; et, cum aliquandiu orationi incubuisset, sensissetque per Spiritum Domini adesse virtutem, erectus paululum, et in defuncti ora defixus, orationis suae ac misericordiae Domini intrepidus exspectabat eventum.
Implorant alors avec ardeur la grâce de l’Esprit Saint, il fait sortir tout le monde, et s’étend sur le cadavre du frère. Après avoir prié avec ferveur pendant quelque temps, averti par l’Esprit du Seigneur que le miracle va s’opérer, il se soulève un peu, et, regardant fixement le visage du défunt, il attend avec confiance l’effet de sa prière et de la miséricorde divine.

(14) Vixque duarum fere horarum spatium intercesserat, vidit defunctum paulatim menbris omnibus commoveri. Tum vero magna ad Dominum voce conversus, gratias agens, cellulam clamore compleverat.
À peine deux heures s’étaient-elles écoulées, qu’il vit tous les membres du défunt s’agiter faiblement ; et les yeux s’entrouvrir. Alors Martin rend grâces à Dieu à haute voix, et fait retentir la cellule des accents de sa joie.
Résurrection de Lazare, d'après une icône orthodoxe.

Comment Martin devient évêque de Tours

(15) Sub idem fere tempus ad episcopatum Tuconicae ecclesiae petebatur. Sed cum erui a monasterio suo non facile posset, Ruricius quidam, unus e civibus, uxoris languore simulato, ad genua illius provolutus, ut egrederetur obtinuit.
C’est à peu près à cette époque que la ville de Tours demanda saint Martin pour évêque ; mais comme il n’était pas facile de le faire sortir de sa solitude, un des citoyens de la ville, nommé Ruricius, se jeta à ses pieds, et, prétextant la maladie de sa femme, le détermina à sortir. Un grand nombre d’habitants sont échelonnés sur la route ; ils se saisissent de Martin, et, le conduisent à Tours, sous bonne garde.

(16) Ita, dispositis jam in itinere civium turbis, sub quadam custodia ad civitatem usque deducidur. Mirum in modum incredibilis multitudo non solum ex illo oppido, sed etiam ex vicinis urbibus ad suffragia ferenda convenerat.
Là, une multitude immense, venue non seulement de Tours mais des villes voisines, s’était réunie afin de donner son suffrage pour l’élection.

(17) Una omnium voluntas, eadem vota, eademque sententia, Martinum episcopatu esse dignissimum ; felicem fore tali Ecclesiam sarcedote. Pauci tamen, et nonnulli ex episcopis qui ad constituendum antistitem fuerant evocati, impie repugnabant, dicentes scilicent indignum esse episcopatu hominem, veste sordidum, crine deformem. Sed populo haec sententiae videbantur dementia.
L’unanimité des désirs, des sentiments et des votes, déclara Martin le plus digne de l’épiscopat, et l’Église de Tours heureuse de posséder un tel pasteur. Un petit nombre cependant, et même quelques évêques convoqués pour élire le nouveau prélat, s’y opposaient, disant qu’un homme d’un extérieur si négligé, de si mauvaise mine, la tête rasée et si mal vêtu, était indigne de l’épiscopat. Mais le peuple, ayant des sentiments plus sages, tourna en ridicule la folie de ceux qui, en voulant nuire à cet homme illustre, ne faisaient qu’exalter ses vertus.

L'ancienne basilique de Tours, avant sa destruction pendant la Révolution.

Le tombeau du faux martyr

(18) Erat haud longe ab oppido proximus monasterio locus, quem falsa hominum opinio, velut consepultis ibi martyribus, sacraverat : nam et altare ibi a superioribus episcopis constitutum habebatur. Seb Martinus, non temere adhibens incertus fidem, ab his qui majores natu erant, presbysteris vel clericis flagitabat, sibi nomen martyris, vel tempora passionis ostendi : grandi se scrupulo permoveri, quod nihil certi constans sibi majorum memoria tradisset. 
À peu de distance de la ville et non loin du monastère, se trouvait un endroit que l’on regardait à tort comme le lieu de la sépulture de plusieurs martyrs, qui y recevaient un culte, car l’érection de l’autel était attribuée aux évêques précédents. Mais Martin, n’ajoutant point foi légèrement à des traditions incertaines, demanda aux plus anciens des prêtres et des clercs de lui dire le nom du prétendue saint et l’époque de son martyre. Il était fort inquiet à ce sujet puisque la tradition ne rapportait rien de bien avéré.

(19) Quodam die, paucis secum adhibitis fratribus, ad locum pergit ; deinde, super sepulcrum ipsum adstans, oravit ad Dominum, ut quis esset, vel cujus meriti sepultus, ostenderet. Tum conversus ad laevam, vidit prope adsistere umbram sordidam, trucem ; imperat nomen meritumque ut loqueretur. 
Prenant un jour avec lui quelques-uns des frères, il s’y rendit, et, se tenant sur le sépulcre. Il pria le Seigneur de lui faire connaître quel homme avait été enterré dans ce lieu, et quels pouvaient être ses mérites. Alors il voit se dresser à sa gauche un spectre affreux et terrible. Martin lui ordonne de déclarer qui il est et quels sont ses mérites devant le Seigneur

(20)  Nomen edicit, de crimine confitetur : latronem se fuisse, ob scelera percussum, vulgi errore celebratum ; sibi nihil cum martyribus esse commune, cum illos gloria, se poena retineret ; tum Martinus jussit ex eo loco altare submoveri atque ita populum superstionis illius absolvit errore. 
Le spectre se nomme, avoue ses crimes, dit qu’il est un voleur, mis à mort pour ses forfaits et honoré par une erreur populaire ; qu’il n’a rien de commun avec les martyrs, qui sont dans la gloire, tandis qu’il est dans les tourments. Ceux qui étaient présents entendirent cette voix étrange sans voir personne. Martin leur dit alors, ce qu’il a vu, ordonne qu’on enlève l’autel, et délivre ainsi le peuple de cette erreur et de cette superstition. 
Un martyr, catacombe de Commodille.


Martin détruit les idoles

(21) Cum templum in pago Aeduorum everteret, furens gentilium rusticorum in eum irruit multido ; cumque unus, audacior ceteris, stricto eum gladio peteret, rejecto palio, nudam cervicem percussori praebuit. Nec cunctatus ferire gentilis, sed cum dexteram altuis extulisset, resupinus ruit ; consternatusque divino metu, veniam precatur.
Pendant qu’il y renversait encore un temple dans le pays des Eduens, une multitude de païens furieux se précipita sur lui, l’épée à la main. Martin, rejetant son manteau présenta son cou nu à l’assassin. Le païen n’hésite pas ; mais, au moment où il élève le bras, il tombe à la renverse, et, saisi d’une frayeur miraculeuse, il demande pardon.

(22) Nec dissimile huic fuit illud : cum eum idola destruentem cultro quidam ferire voluisset, in ipso ictu ferrum ei de manibus excussum non comparuit.
Voici encore un fait du même genre : Martin était occupé à renverser des idoles, un païen voulut lui donner un coup de couteau ; au moment où il allait le frapper, le fer s’échappa de ses mains et disparut.

(23) Plerumque autem contradicentibus sibi rusticis, ne fana eorum destrueret, ita praedicatione sancta gentilium animos mitigabat, ut luce eis veritatis ostensa, ipsi sua templa subverterent.
La plupart du temps, lorsque les paysans s’opposaient à la destruction de leurs temples, il touchait tellement leurs cœurs en leur annonçant la parole de Dieu, qu’éclairés de la lumière de la vérité, ils les renversaient de leurs propres mains.

Destruction d'un arbre sacré par Martin de Tours.

 Martin guérit un lépreux

(24) Apud Parisianos vero, dum portam civitatis illius introiret, magnis secum turbis euntibus, leprosum miserabili facie, horrentibus cunctis, osculatus est atque benedixit. 
Un jour qu’il entrait à Paris, comme il passait par une des portes de cette cité, avec une grande foule de peuple, il bénit et baisa un lépreux dont la figure affreuse faisait horreur à tous.

(25) Statimque, omni malo emundatus. Postero die ad ecclesiam veniens, nitenti cute, gratias pro sanitate quam receperat, agebat. 
Celui-ci fut aussi tôt guéri et vint le lendemain à l’église, avec un visage, sain et vermeil rendre grâces à Dieu pour la santé qu’il avait recouvrée.


Martin et le lépreux (une vieille carte postale)

Martin combat contre le diable

(26) Frequenter autem diabolus, dum mille nocendi artibus sanctum, virum conabatur illudere, visibilem se eiformis diverssisimis ingerebat:nam interdum in Jovis personam, plerumque Mercurii, persaepe etiam se Veneris ac Minervae transfiguratum vultibus offerebat. Adversus quem, semper interritus, signo se crucis et orationis auxilio protegebat. Audiebantur etiam prelumque convicia quibus illum turba daemonum protervis vosibus increpabat ; sed omnia falsa et vana cognoscens, non movebatur objectis.
Le démon, usant de mille artifices pour tromper le saint homme, se présentait fréquemment à lui sous les formes les plus variées, quelquefois sous celle de Jupiter, la plupart du temps sous celle de Mercure, et même souvent de Vénus ou de Minerve. Martin luttait intrépidement contre lui, soutenu par le signe de la croix et la prière. On entendait très souvent dans sa cellule une troupe de démons l’insulter grossièrement ; mais, sachant que tout cela n’était qu’illusion et mensonge, il ne s’en inquiétait nullement. 

(27) Testabantur etiam aliqui ex fratribus audisse se daemonem protervis Martinum vocibus increpantem, cur intra monasterium aliquos ex fratribus qui olim baptismum diversis erroribus perdidissent, conversos ostea recepisset, exponentem crimina singulorum. Martinum diabolo repugnantem respondisse constanter, antiqua delicta melioris vitae conversatione purgari et per misericordiam Domini absolvendos esse peccatis, qui peccare desinerent.
Quelques-uns des frères attestent qu’ils ont entendu le démon reprocher à Martin, d’une manière injurieuse, d’avoir introduit dans le monastère des frères qui avaient perdu la grâce du baptême en tombant dans diverses erreurs, de les avoir reçus après leur conversion ; et en même temps le malin esprit énumérait leurs crimes. Martin, lui résistant toujours, répondait que les anciennes fautes sont effacées par une vie meilleure, et que, comptant sur la miséricorde du Seigneur, l’Église doit absoudre ceux qui renoncent à leurs péchés.

Saint Martin et le diable (vitrail d'une église d'Angleterre)

Le caractère de Martin

(28) Nemo unquam illum vidit iratum, nemo commotum, nemo moerentem, nemo ridentem : unus idemque semper, coelestem quodamnodo leititiam vultu praeferens, extra naturam ominis videbatur. Nunquam in illius ore nisi Christus, nunquam in illius corde nisi pietas, nisi pax, nisi misercordiae inerat.
Jamais on ne le vit irrité ou ému, jamais dans la tristesse ou la gaieté ; il était toujours lui-même, une joie toute céleste était en quelque sorte empreinte sur son visage, et il semblait élevé au-dessus de la nature. Il avait toujours le nom du Christ sur les lèvres ; dans son cœur, la piété, la paix et la miséricorde.

(29) Plerumque etiam pro eorum qui obtrectatores illius videbantur, solebat flere peccatis, qui remotum et quietum venenatis linguis et vipereo ore carpebant.
 Il pleurait souvent sur les fautes de ses détracteurs, qui allaient le chercher jusqu’au fond de sa retraite, au milieu du calme qu’il y goûtait, pour l’attaquer avec leurs langues de vipères.



LA MORT DE MARTIN.


( … ) Martin connut sa mort longtemps à l'avance, et annonça aux frères que la dissolution de son corps approchait. Sur ces entrefaites, il eut des motifs pour visiter la paroisse de Condate (Rennes). La division était dans le clergé de cette église, et il voulait y rétablir la concorde. Martin, encore qu'il ignorât pas que le terme de sa vie était proche, n'hésita pas à se mettre en route dans cette circonstance, car il pensait que ce serait dignement couronner ses travaux que de rendre la paix à cette paroisse. Il partit donc, accompagné, comme à l'ordinaire, d'un grand nombre de pieux disciples. ( … )
Il séjourna donc un peu dans le bourg ou dans l'église qu'il était allé visiter, et y rétablit la paix parmi le clergé. Déjà il songeait à retourner au monastère, lorsque tout à coup il sent les forces de son corps l'abandonner, et, faisant assembler ses disciples, il leur déclare que sa mort approche. Ce fut alors une affliction, une désolation universelle ; ce fut un seul cri de douleur : « Père, pourquoi nous abandonnes-tu ? A qui laisses-tu tes enfants désolés ? Des loups avides se jetteront sur ton troupeau ; et qui pourra, une fois le pasteur frappé, nous défendre de leurs morsures ? ( … ) Prends donc pitié de nous, que tu abandonnes ! »
Martin fut touché des ces gémissements et, comme il fut toujours tout entier pénétré de miséricorde en Dieu, pleura, dit-on. ( … ) Placé entre l'amour et l'espérance, il ne savait presque ce qu'il devait préférer, ne voulant ni abandonner ses disciples, ni plus longtemps être séparer du Christ. Toutefois, n'abandonnant rien à ces désirs, ne laissant rien à sa volonté, il se remettait tout entier au jugement et au pouvoir du Seigneur. ( … )
O homme incomparable ! La fatigue ne l'avait pu vaincre, la mort ne devait pas le vaincre. ( … ) Aussi, bien que depuis plusieurs jours, il fût en proie à une fièvre violente, cependant il n'interrompait pas l’œuvre de Dieu. La nuit ne suspendait pas ses oraisons ni ses veilles ; mais, sur la cendre et le cilice, où il reposait comme sur un lit d'honneur, il forçait son corps épuisé d'obéir à l'âme. Comme ses disciples le priaient de souffrir au moins que l'on mis sous lui un peu de paille : «  Mes enfants, dit-il, il sied mal à un chrétien de mourir autrement que sur la cendre ou la cilice. Si je vous laissais un autre exemple, je pêcherais. ( … ) Laissez moi regarder le ciel plutôt que la terre, et mettre mon âme dans le chemin par lequel elle doit aller à Dieu. » Ce qu'ayant dit, il vit le diables auprès de lui. « Qu'attends-tu là, bête cruelle ? Tu ne trouveras rien en moi, misérable ! J serai reçu dans le sein d'Abraham. »
En disant ces mots, il rendit au ciel son âme épuisée de travaux divins, et des témoins oculaires nous ont attesté que sur sa dépouille inanimée ils virent briller la gloire de l'homme glorifié.Son visage était plus brillant que la lumière du jour, et sur son corps on ne voyait pas la moindre tache. Tous ses membres, sans exception, avaient en quelque sorte la beauté d'un enfant de sept ans. Qui aurait cru qu'il eût été couvert d'un cilice et couché sur la cendre ?

(extrait de la lettre de Sulpice Sévère à Bassula, sa belle-mère).
Tombeau de Martin dans l'actuelle basilique de Tours
Travail réalisé par les élèves de 3ème E et 3ème F, du collège Bourgchevreuil, en mai 2016. Traduction R. Viot, Tours, 1861 (avec quelques corrections parfois).

mardi 12 avril 2016

L'amphithéâtre de Lyon


Source personnelle
L'amphithéâtre de Lyon, classé monument historique depuis 1961, est situé sur la colline de la Croix Rousse. En ligne droite, il est distant de 400 m environ des rives de la Saône. Mais la ligne droite ne signifie rien sur la colline de la Croix Rousse, car le dénivelé est important, comme le prouve ce relevé topographique des lieux. 


Source : Tranoy et Ayala.

L'image par satellite permet de visualiser l'insertion de l'amphithéâtre dans  la ville et de comprendre les raisons de son édification : il était situé près du sanctuaire des Trois Gaules, et surtout dominait les rives des deux fleuves, affirmant ainsi la puissance de Rome sur tout bateau qui descendait ces importants axes de communication.


Source: Google Earth.

Sa fondation remonte au règne de Tibère, successeur d'Auguste, en l'année 19 de l'ère chrétienne, bien avant les amphithéâtres de Nîmes et Arles, preuve de l'attention que le pouvoir impérial portait à Lugdunum-Lyon. Une inscription retrouvée sur un bloc de pierre permet de dater précisément l'événement. 
Source :  Carole Raddato, Germany  https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=30152349

Magnifique inscription typique du style classique augustéen : les lettres sont en capitales carrées, uniformes, gravées dans un alignement parfait, les sillons sont d'égale épaisseur et les hastes (= trait principal de la lettre, vertical ou oblique) sont pattées (terminées par un petit triangle). L'inscription a été découverte en février 1958, elle est conservée au musée gallo-romain de Lyon. Elle est parvenue morcelée en deux parties ; chacune mesure 1,78 m x 0,80 m x 0,27 m. Les lettres sont de trois hauteurs : 0, 15 m ; 0, 125 m ; 0, 10 m. On constate 4 ligatures : AV, NE, NT, NT. 

Il faut prendre garde à la restitution : P. Wuilleumier en envisage 3 possibles pour  deux passages lacunaires. Cependant, voici une restitution  probable,  qui a ma préférence : 

E* TI* CAESARIS* AUG AMPHITEATR/
ODIO C IUL C RUFUS SACERDOS ROM ET AUG/
FILII F ET NEPOS EX CIVITATE SANON* D* S* P* FECERUNT

[Pro salut]e Ti. Caesaris Aug(usti) amphitheatr(um) /  [cum harena et p]odio C. Iulius C(aii) f(ilius) Rufus, sacerdos R(omae) et Aug(usti)/ filii f(ilius) et nepos ex civitate Santonum de s(ua) p(ecunia) fecerunt

Pour le salut de Tibère César Auguste, cet amphithéâtre pourvu d'une arène et d'un podium, C. Iulius Rufus, prêtre de Rome et d'Auguste, son fils et son grand-père, de la cité des Santons, l'ont fait édifier à leur propres frais. 

Dans son premier état, l'amphithéâtre ne comptait que quatre gradins, et ne pouvait contenir que 1800 personnes environ. Ses dimensions au sol étaient de 67,6 m sur 42 m. Entre 130 et 136 il fut réaménagé : deux gradins supérieurs furent ajoutés, et la capacité globale atteignit les 20 000 spectateurs environ.

L'édifice n'a été dégagé que partiellement par les fouilles menées de 1956 à 1978. Sur les deux documents suivants, il est aisé de comprendre pourquoi : une partie du quartier a été construite sur l'emplacement de l'amphithéâtre, et pour tout dégager il faudrait, par exemple, raser l'école primaire, supprimer des axes de communication.

Source : Google Earth
Source : Tranoy et Ayala.


J.C Golvin reconstitue ainsi l'amphithéâtre et le sanctuaire des trois Gaules adjacent. La perspective peut ici nous tromper, et faire croire que les distances entre la rive et le bâtiment sont moins importantes que dans la réalité. Le dessin d'ensemble de Lyon sous l'Empire, toujours de J.C. Golvin, permet de mieux comprendre où se situait l'ensemble architectural par rapport à la rive de la Saône. 

Source : http://jeanclaudegolvin.com/lugdunum-lyon/

Source : http://www.amis-chassenon.org/galerie-76-laquarelliste-jean-claude-golvin-en-conference-a-cassinomagus.html

Source : http://jeanclaudegolvin.com/lugdunum-lyon/


Bien que partiellement dégagé, l'amphithéâtre n'en est pas moins impressionnant.  Peu de visiteurs montent jusqu'au petit jardin des plantes par lequel on pénètre dans l'amphithéâtre. Ainsi les ruines paraissent-elles abandonnées, reposant  dans  une mélancolie qu'accentue encore le souvenir des martyrs de 177. Le poteau, au centre de l'arène, est placé à l'emplacement où, probablement, la jeune Blandine, chrétienne de 15 ans, fut martyrisée, conduite plusieurs fois dans l'arène avant qu'on ne l'achève. 


Deux vues de la grande entrées nord-ouest. Source personnelle.

Vue prise du haut l'escalier longeant l'amphithéâtre. Source personnelle.


Source personnelle.

Source personnelle.

Source personnelle.
 
Source personnelle. Vue prise depuis l'arène. En face : l'entrée, et au premier plan le poteau des Martyrs chrétiens.
Blandine, icône de l'Atelier d'icônes Sainte Catherine.
Voici, tirés du livre IV de l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée, trad. E. Grapin, Paris, Librairie Alphonse Picard et Fils, 1911,  les extraits du martyre de Blandine de Lyon.


[37] Maturus, Sanctus, Blandine et Attale furent donc conduits aux bêtes à l'amphithéâtre et au spectacle commun de l'inhumanité des païens. C'était précisément la journée des combats de bêtes, donnée avec le concours des nôtres.
[37] Ὁ μὲν οὖν Μάτουρος καὶ ὁ Σάγκτος καὶ ἡ Βλανδῖνα καὶ Ἄτταλος ἤγοντο ἐπὶ τὰ θηρία εἰς τὸ δημόσιον καὶ εἰς κοινὸν τῶν ἐθνῶν τῆς ἀπανθρωπίας θέαμα, ἐπίτηδες τῆς τῶν θηριομαχίων ἡμέρας διὰ τοὺς ἡμετέρους διδομένης.

[41] Blandine fut liée et suspendue à un poteau pour être dévorée par les bêtes lancées contre elle : la regarder ainsi attachée en forme de croix, l'entendre prier à haute voix, donnait aux athlètes un grand courage : il leur semblait, dans ce combat, voir des yeux du corps, en leur sœur, Celui qui a été crucifié pour eux, afin de persuader à ceux qui croient en lui, que quiconque souffre ici-bas pour la gloire du Christ aura éternellement part au Dieu vivant. [42] Or, pas une des bêtes ne la toucha en ce moment ; détachée du poteau, elle fut ramenée dans sa prison et réservée pour un autre combat ; c'était afin qu'elle fût victorieuse dans des luttes plus nombreuses, qu'elle attirât sur le serpent tortueux une condamnation inexorable et qu'elle fut pour ses frères une exhortation, elle, petite, faible, méprisée, revêtue du Christ, le grand et invincible athlète, maîtresse de l'adversaire dans les maintes rencontres qui lui étaient échues par le sort, couronnée par ce combat de la couronne de l'incorruptibilité.

[41] Ἡ δὲ Βλανδῖνα ἐπὶ ξύλου κρεμασθεῖσα προύκειτο βορὰ τῶν εἰσβαλλομένων θηρίων· ἣ καὶ διὰ τοῦ βλέπεσθαι σταυροῦ σχήματι κρεμαμένη διὰ τῆς εὐτόνου προσευχῆς πολλὴν προθυμίαν τοῖς ἀγωνιζομένοις ἐνεποίει, βλεπόντων αὐτῶν ἐν τῷ ἀγῶνι καὶ τοῖς ἔξωθεν ὀφθαλμοῖς διὰ τῆς ἀδελφῆς τὸν ὑπὲρ αὐτῶν ἐσταυρωμένον, ἵνα πείσῃ τοὺς πιστεύοντας εἰς αὐτὸν ὅτι πᾶς ὁ ὑπὲρ τῆς Χριστοῦ δόξης παθὼν τὴν κοινωνίαν ἀεὶ ἔχει μετὰ τοῦ ζῶντος θεοῦ. [42] Καὶ μηδενὸς ἁψαμένου τότε τῶν θηρίων αὐτῆς, καθαιρεθεῖσα ἀπὸ τοῦ ξύλου ἀνελήφθη πάλιν εἰς τὴν εἱρκτήν, εἰς ἄλλον ἀγῶνα τηρουμένη, ἵνα διὰ πλειόνων γυμνασμάτων νικήσασα, τῷ μὲν σκολιῷ ὄφει ἀπαραίτητον ποιήσῃ τὴν καταδίκην, προτρέψηται δὲ τοὺς ἀδελφούς, ἡ μικρὰ καὶ ἀσθενὴς καὶ εὐκαταφρόνητος μέγαν καὶ ἀκαταγώνιστον ἀθλητὴν Χριστὸν ἐνδεδυμένη, διὰ πολλῶν κλήρων ἐκβιάσασα τὸν ἀντικείμενον καὶ δι´ ἀγῶνος τὸν τῆς ἀφθαρσίας στεψαμένη στέφανον.

[55] Restait la bienheureuse Blandine, la dernière de tous, comme une noble mère qui vient d'exhorter   ses enfants et de les envoyer victorieux auprès du roi ; elle parcourt de nouveau elle-même à son tour toute la série de leurs combats et se hâte vers eux, pleine de joie et d'allégresse en ce départ ; elle semblait appelée à un banquet de noces et non pas jetée aux bêtes. [56] Après les fouets, après les fauves, après le gril, on la mit en dernier lieu dans un filet et on la présenta à un taureau : elle fut assez longtemps projetée par l'animal, mais elle n'éprouvait aucun sentiment de ce qui lui arrivait, grâce à l'espérance, à l'attachement aux biens de la foi et à sa conversation avec le Christ. Elle fut immolée elle aussi, et les païens eux-mêmes avouèrent que jamais parmi eux une femme n'avait enduré d'aussi nombreux et durs tourments.

[55] Ἡ δὲ μακαρία Βλανδῖνα πάντων ἐσχάτη, καθάπερ μήτηρ εὐγενὴς παρορμήσασα τὰ τέκνα καὶ νικηφόρους προπέμψασα πρὸς τὸν βασιλέα, ἀναμετρουμένη καὶ αὐτὴ πάντα τὰ τῶν παίδων ἀγωνίσματα ἔσπευδεν πρὸς αὐτούς, χαίρουσα καὶ ἀγαλλιωμένη ἐπὶ τῇ ἐξόδῳ, ὡς εἰς νυμφικὸν δεῖπνον κεκλημένη, ἀλλὰ μὴ πρὸς θηρία βεβλημένη· [56] καὶ μετὰ τὰς μάστιγας, μετὰ τὰ θηρία, μετὰ τὸ τήγανον, τοὔσχατον εἰς γυργαθὸν βληθεῖσα ταύρῳ παρεβλήθη, καὶ ἱκανῶς ἀναβληθεῖσα πρὸς τοῦ ζῴου μηδὲ αἴσθησιν ἔτι τῶν συμβαινόντων ἔχουσα διὰ τὴν ἐλπίδα καὶ ἐποχὴν τῶν πεπιστευμένων καὶ ὁμιλίαν πρὸς Χριστόν, ἐτύθη καὶ αὐτή, καὶ αὐτῶν ὁμολογούντων τῶν ἐθνῶν ὅτι μηδεπώποτε παρ´ αὐτοῖς γυνὴ τοιαῦτα καὶ τοσαῦτα ἔπαθεν.

Bibliographie :

L'Archéothéma 1, mars-avril 2009, consacré à Lyon. 
Tranoy L., Ayala G., « Les pentes de la Croix-Rousse à Lyon dans l'Antiquité. État des connaissances », Gallia 51, 1994, p. 171-189.
Wuilleumier P., Inscriptions latines des Trois Gaules, Supplément XVII à Gallia, Paris, CNRS, 1963, p. 79-80.
Audin A., "L'amphithéâtre des Trois Gaules à Lyon. Nouvelles campagnes de fouilles (1971-1972, 1976-1978)", Gallia 37/1, 1979, p. 85-100. 
Et les sites indiqués en légende. 

C. Chassanite

mercredi 30 mars 2016

Manga

GUNNM est un manga de Yukito Kishiro, publié en neuf volumes par Glénat. Il y a déjà  quelques années, nous en avions traduit un extrait. Le voici.





samedi 26 mars 2016

Corps et âmes à Jublains

Les expositions au Musée de Jublains sont, depuis quelques années, d'une qualité qui place ce musée régional au niveau des meilleurs nationaux, et donc des meilleurs européens.
La collection  du riche voyageur et amateur d'art  Pierre Aristide Boullet-Lacroix (XIXème siècle) présentée cette fois, est ordinairement conservée à Château-Gontier. Disons tout de suite que le sous-titre de l'exposition, "Sculpter l'homme dans l'antiquité" est une prétexte pour justifier  la réunion de ces oeuvres et  leur présentation au public.
"Comment (l'homme antique) aimait-il se faire représenter et où allaient tous ces portraits qui peuplent aujourd'hui nos musées ? Pourquoi Dionysos, le célèbre dieu du vin, était-il si populaire dans le décor des maisons ? Que signifient ces scènes de la vie, chasse, jeux du cirque, travaux des champs, sur les décors des sarcophages ?" Le dossier de presse que je cite ici montre l'absence de cohésion dans la problématique, ce qui handicape cette exposition : est-elle consacrée à la relation entre l'homme et son imaginaire ? L'homme est sa propre représentation ? La représentation des dieux ? Interroge-t-elle la notion de réalisme ? Envisage-t-elle d'expliquer concrètement le processus de création, imaginaire puis matérielle ? Un peu de tout, alors... 
Le catalogue permet heureusement de répondre à ces questions : regroupant plusieurs articles (la collection Boullet-Lacroix ; le genre du portrait ; fonctions et usages de la sculpture antique ; la sculpture funéraire dans l'empire romain)  il est de très bonne tenue universitaire grâce à la qualité des contributions, celles de  F. Queyrel et L. Baumer notamment.
Aussi faut-il visiter la collection Boullet-Lacroix  en musardant, tournant et retournant, sans vraiment se préoccuper d'un parcours type défini. N'est-ce pas, d'ailleurs, une des meilleures façons de s'approprier une exposition ?
Pour ma part, je recommanderais d'admirer le très bel ensemble de buccheros étrusques.






La riche iconographie funéraire est accompagnée de quelques panneaux qui mettent en situation les enjeux de la représentation, notamment la représentation de ce que fut la vie du défunt, et les lieux de l'inhumation. Deux urnes funéraires très intéressantes mériteraient un sort meilleur : une traduction et une explication des inscriptions notamment (le catalogue s'en charge, mais de façon trop succincte, car sans analyse du style ni de l'onomastique).  



Une allée de cimetière reconstituée.
  


La sculpture antique est aussi un art du kit, de la récupération et du démontage : on enlève une tête d'un buste pour y poser une autre, on assemble bras et jambes sur un torse, on remodèle un visage selon les nécessités du moment. Il est amusant de repérer malicieusement sur les marbres toutes les manipulations qui ont été réalisées au cours des temps antiques.

L'arrière de deux bustes, et les coups de ciseaux.

Le corps et la tête ne sont pas de même époque, mais c'est la reconstitution moderne qu'il faut ici incriminée.

Enfin, n'oublions pas les dieux.


Dionysos, IIème siècle.

Hygie, Ier-IIème siècle de notre ère.


Hermès

C.Chassanite