vendredi 6 mars 2026

Prose du suaire

Abdelwahab Meddeb (Tunis 1946, Paris 2014) était un poète et animateur de radio. A sa mort d'un cancer, Michel Deguy écrivit un poème, Prose du suaire, traduit en vingt langues (arabe, turc, chinois, hébreu, persan ...), dont le latin.

Michel Deguy, Prose du suaire, Editions Al Manar, Paris, 2015.

Abdelwahab Meddeb, Aya dans les villes, Saint-Clément-de-Rivière, Fata Morgana, 1999 ; Blanches traverses du passé, Saint-Clément-de-Rivière, Fata Morgana, 1997 ; Portrait du poète en soufi, Paris, Belin, 2015 ...


                          

 

Prose du suaire

La mort sur le lit te défigure

Elle est partout à la place du corps

Ton visage se retire de la prosopopée

Une « vanité » s’émacie dans le drap


 

Par les yeux enfoncés tu recules en toi

Où tu sais qu’il n’y aura plus de toi

Si près de ton visage ce jour-là croisé

Avec le nôtre dans l’approche

Du baiser sur les joues

Mon ami tu mourrais sous nos yeux


 

Je t’ai baisé la main pour te dire adieu

Comme si nous pouvions t’envoyer là

D’où tu nous veillerais nous parlerais

Sachant qu’il n’y aurait ni au revoir ni à dieu


 

« D’où que tu sois » tu es ici

Tu parles tes poèmes dans la nuit de nos jours

Un nous peut te jurer une fidélité

Maintenant le voile puis le suaire de nos pages

Appliqués sur ta vie

Ta vie paisible de la transcendance qui la configurait

Relèvent les traces de cette transe

Qui la transfigura


 

Voici venu le temps des viveurs et des tueurs

A quoi bon les poètes demandaient les penseurs

Tu réponds : dans la cité politique bons

Pas seulement pour le deuil et les danses


 

Ce que tu fis de la vie avec ta vie subite son hôte

La vie à l’œuvre est la vie pour le convivre

Il n’est jamais trop tard pour le trop tard


 

Michel Deguy

 

Prorsa sindon


Mors in lecto uultum istum deformat
Illa pro corpore ubique se locat

Os tuum a prosopopeis fandis abit

In linteo vanitatis imago macrescit

 

Intus oculis depressis regrederis in te

Ubi scis non iam fore te ipsum

Illo die tam prope tuum uultum

Vultu meo appropinquante

Ad genas tui osculandas

Amice ante oculos nostros expirabas

 

Ut tibi uale dicerem osculaui manum

Quamsi nos te illuc possemus mittere

Unde nos intuerere ac nos adloquerere

Sciens nec uale nec supremum ad deum

 

Hic ades undecumque sis

Carmina canis per dies nocturnos nobis

Quidam nos te recordaturus iuret fidelis

Nunc in paginis ut linteo denique sidone

Applicatis uitae tuae

Uitae passurae studium transcendi eoque configuratae

Legimus eius exsultationis uestigia

Qua transfigurata est uita

 

Ecce ganeonum itemque interfectorum tempus

Quid opus esset poetis rogabant philosophi

Respondes illos    utiles ciuium ciuitati

Non solum ad saltationes atque luctus

 

Qua uita usus es ita in tua subita hospite illius

Uita operibus dedita est conuiuere aliquibus

Tardius est numquam uenienti tardius

 

Mis en latin par Bénédicte Gorrillot 



                     Editions Al Manar : https://editmanar.com/catalogue/


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